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  • Karin TL

4 juin 2021

Quelle fut longue cette semaine... Demain, je mettrai le bouton sur pause... Heureusement. Ce soir, tout est lourd, bien lourd, trop lourd. Mes yeux se sont embués. Mes yeux ont pleuré. Cela ne m'était pas arrivé depuis octobre 2019. Quand le Professeur Tournesol m'avait dit "Chimio !". J'ai séché mes larmes et je me pose maintenant devant cet écran, comme raccrochée à une bouée de sauvetage... J'ai serré les dents. Peut-être trop. Après avoir passé une nuit à parler à Papa. Papa a mis les voiles, il y aura bientôt trente ans. Mais il est toujours là. A m'épauler. A me regarder pleurer à nouveau comme une idiote en pianotant sur mon clavier. Dans la nuit, je lui ai demandé de m'aider : "Dis Papa, tu peux dire à Dieu que c'est pas juste... c'est pas juste que j'ai aussi mal... Je sais que tu sais ce que c'est d'avoir mal. Je t'entends encore me dire "Il faut que ça s'arrête car j'en ai marre de souffrir autant."... On attendait un ascenseur. Je me revois t'engueuler : "Tu n'as pas le droit de dire ça : nous, on a besoin de toi, tu dois te battre !" Tu t'es battu. T'as perdu. Et moi je m'en révolte encore. J'aimerais tellement te savoir près de moi. Maman, ma petite Maman est là, mais je ne veux pas la faire souffrir en lui disant que je pleure à chaud de larmes, ce soir. Je pleure de fatigue... D'une nuit trop blanche à discuter avec toi. A discuter de tout, de rien, de moi, de ce corps cassé, de ces pieds en feu. Comme posés sur du charbon rouge vif. Puis de cette colère qui m'a poussée à doubler les doses d'opium. En vain. Mon estomac n'a pas aimé. Pas du tout. Dis, Papa, pourquoi c'est tombé sur moi ?... Oui j'affiche un optimisme sans nom. Oui, je souris à la vie car malgré tout je l'aime cette drôle de vie.... Mais aujourd'hui, c'est dur. Demain tout ira mieux. Demain je rirai sans doute de ce moment de faiblesse, de cet instant d'égarement, de ces larmes qui ne veulent pas s'arrêter... J'ai mal partout. Envie de gerber depuis plusieurs jours. Mes cachetons roses et verts, ma carcasse semble en avoir autant ras le bol que moi. Mais je dois continuer car sans elles, je ne serais peut-être plus là. Je m'étais promis de ne plus jamais pleurer à cause cette putain de maladie. J'ai tenu, un peu... Mais là en fait, je ne pleure que parce que Papa, tu me manques. C'est ça, hein ?" Je ne veux pas de pitié. Je ne veux pas de câlins ni de pseudo compréhension. Je sais que je suis pourrie d'écrire ça, mais la pitié ça n'aide pas. Les "je te comprends" ne servent à rien. Je dois puiser en moi et moi seule la force de redresser la tête, de me replonger dans mon boulot que j'aime tant, d'écouter les mots d'amour de mes enfants - Pardon, Loulou d'avoir décroché le téléphone, en larmes ! -, de rechausser mes lunettes roses... Demain, soleil annoncé sur la Normandie... J'irai parler à mes salades et à mes fleurs ! Je sais qu'elles me donneront une fois encore la recette magique : - un peu de patience - elles doivent prendre le temps de grandir tranquillement, - un soupçon de tolérance - quelque soit la météo, elles restent là, plantées..., - et une merveilleuse dose d'optimisme : elles sont si belles, elles rayonnent quand le soleil brille, quand les abeilles butinent, quand les escargots flirtent avec elles... même si elles savent que leur vie ne se résume qu'à une saison...

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